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Inde: Des travailleurs désespérés et des jeunes touchés par la crise de l’emploi

En 2014, le parti Bharatiya Janata (BJP) avait promis aux jeunes du pays que 20 millions d’emplois seraient créés chaque année, mais il a complètement échoué sur ce front. L’impact de ces promesses non tenues de Modi et de son gouvernement est palpable au moment où des millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour renouveler le Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien.

Le 1ermai est un jour férié en Inde comme dans de nombreux pays du monde mais pour les travailleurs indiens cette année, la journée des travailleurs tombe en pleine période électorale. Pas de gros titres dans les journaux nationaux à ce sujet, ni de marches ou de manifestations organisées. Mais c’est l’occasion de rappeler que le pays compte environ 556 millions de travailleurs (National Sample Survey Organisation (NSSO), 2009). À titre de comparaison, cela représente plus que la population entière des États-Unis, qui compte 328 millions d’habitants.

Des étudiants indiens participent à un rassemblement pour demander la création d’emplois, à New Delhi, février 2019, Photo: AP

Des jeunes diplômés ont plus de risque d’être au chômage

Avec plus de 200 millions de personnes sans emploi et l’exclusion massive des jeunes travailleurs, les gens perdent espoir. Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans et qui subit de plein fouet la crise de l’emploi, la question du chômage reste est un des plus grands défis du pays. Contrairement aux pays développés, où les emplois reviennent de plus en plus aux personnes les plus instruites, la tendance est inversée en Inde. Près de 35% des jeunes Indiens titulaires de diplômes d’études supérieures et plus, sont au chômage, tandis que les jeunes travailleurs peu éduqués s’en tirent beaucoup mieux. Un jeune Indien hautement scolarisé a plus de cinq fois plus de risques d’être au chômage qu’un non scolarisé.

Même si l’économie du pays est en croissance de 7%, la réalité est que les jeunes instruits n’ont pas suffisamment de possibilités d’emploi. Le chômage a atteint 6,1% en février 2019, le taux le plus élevé au cours des 45 dernières années. A cela s’ajoute l’aggravation de la crise agraireet de la situation économique actuelle.

Une crise qui a provoqué plus de 300 000 suicides parmi les agriculteurs et les ouvriers agricoles au cours des vingt dernières années. La situation des agriculteurs et des travailleurs ruraux indiens s’est détériorée depuis 2013, le prix du carburant et des engrais ont augmenté alors que les revenus agricoles et les salaires ruraux ont diminué.

Les agriculteurs du Tamil Nadu ont fait la une des journaux pour leurs méthodes de protestation uniques et parfois bizarres, Chennai, Juin 2017. Photo: AFP

Les Indiens travaillent principalement dans le secteur informel, qui représente 90% du marché du travail en Inde, seulement 28 millions de personnes travaillent dans le secteur formel. En 1972, le terme « secteur informel » a été utilisé pour la première fois par l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour désigner un large éventail de petites activités économiques non enregistrées. Cela a pour première conséquence des mauvaises conditions de travail et une quotité de travail à la journée très importante, dépassant bien souvent les 48h/semaine, prévues par la réglementation indienne.

Un rapport du National Sample Survey Office (NSSO) indique que les travailleurs des villes indiennes travaillent en moyenne entre 53 et 54 heures par semaine. Ceci est en partie dû au fait que lorsque les salaires sont trop bas, les personnes doivent travailler plus d’heures pour gagner suffisamment.

La condition des femmes dans le marché du travail

Selon le rapport de la Banque mondiale (2017), l’Inde affiche l’un des taux de participation des femmes les plus faibles au monde et se classe au 120ème rang des 132 pays répertoriés. L’Inde compte 42% de femmes diplôméesmais malgré cet aspect positif, la participation des femmes à la population active est en baisse constante depuis 2005. La plupart des femmes qui travaillent sur le marché indien sont employées dans le secteur agricole et leur taux de participation dans les secteurs des services et de l’industrie est inférieur à 20%.

Delhi abrite plus d’un million de travailleurs dans le secteur du bâtiment, dont près d’un quart sont des femmes. Photo: PTI

Selon le rapport, de nombreuses raisons pouvaient entraîner la chute de l’emploi des femmes et de leur participation au marché du travail. Celles-ci allaient des bas revenus, au manque d’opportunités d’emploi, aux préoccupations en matière de sécurité, au manque de soins pour leurs enfants, l’absence de normes favorables incitant les femmes à entrer dans le marché du travail et à concilier travail et tâches du foyer.  

La loi sur les prestations de maternité (1961) a été récemment modifiée (2018) pour porter la période de congé de maternité de 12 à 24 semaines. Mais si la loi semble être un pas positif pour faire en sorte que la femme au travail ait plus dignité, mais cette loi laisse derrière elle, toutes ces femmes qui travaillent dans le secteur informel– les marchandes de rue, les domestiques ou ouvrières saisonnières par exemple.  

Le travail des enfants

10,1 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans travaillent actuellement en Inde. Près de 1,2 millions de ces enfants travaillent dans des activités et des industries dangereuses, malgré la loi interdisant le travail des enfants. En vertu de la troisième partie de la Constitution indienne, les articles 12 à 30 et 32 à 35 interdisent l’exploitation des droits de l’homme, la traite, le travail forcé et la mendicité. Faire travailler des enfants de moins de 14 ans dans un environnement dangereux est considéré comme un crime.

Des enfants avec leur mère fabriquent des bracelets, aucun d’eux ne va à l’école, Uttar Pradesh. Photo: Aljazeera

Les principales causes du travail des enfants en Inde sont la pauvreté, l’analphabétisme, le chômage et le faible revenu. Dans une situation où plus de 40% des personnes souffrent de pauvreté, les enfants sont pour les parents le seul moyen de pouvoir survivre. En Inde, une grande partie de la population n’est pas éduquée et gagner de l’argent est considéré comme plus important que d’obtenir une éducation. Cela conduit finalement à encourager le travail des enfants.

L’Inde est bloquée dans une position de croissance économique sans emploi depuis un certain temps et le gouvernement n’a pas été en mesure de changer la donne, si le BJP remporte les élections, il restera à voir si des actions en faveur des emplois seront entreprises.

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