Madhavi, une femme au temps du Mahâbhârata

radhaL’histoire de Madhavi apparaît dans le Udogaparva, un épisode d’une célèbre épopée indienne, le Mahâbhârata. C’est une fable un peu étrange sur une princesse destinée à être un objet de troc.

En tombant par hasard sur cette histoire, il m’a semblé utile de la partager car il est question du  statut de la femme et de son rôle dans la société à l’époque du Mahâbhârata ou du moins à une époque très ancienne.

Voici un court résumé du texte:

Afin d’être reconnaissant envers son maître pour l’enseignement qu’il lui a transmis, le disciple Galava demande à son maître, le sage Vishwamitra ce qu’il désire afin de le gratifier. C’est alors que Vishwamitra lui propose de trouver huit cents chevaux blancs ayant chacun une oreille noire. Galava va alors voir le roi Yayati pour lui demander de l’aide. Le roi n’avait pas ces chevaux, mais il ne voulait pas décevoir le brahmane. Il donne alors sa fille Madhavi et lui dit que n’importe quel roi lui donnera les chevaux souhaités en échange de cette jeune fille.

Avec Madhavi, Galava s’en va rencontrer les différents rois des royaumes. Chaque roi dispose de Madhavi pendant une période donnée et lui donne chacun un enfant contre  deux cents chevaux. Galava réussi à rassembler ainsi six cents chevaux, et il n’était pas en mesure de se procurer les deux cents de plus. Il alla donc voir le guru Vishwamitra et lui demande de prendre les six cents chevaux et aussi de prendre Madhavi. Le sage prend la jeune femme et lui donne également un fils. Après cela, Madhavi retourne auprès de son père Yayati qui lui organise une Swyamvara, une cérémonie pour choisir un prétendant. Mais Madhavi décide de se retirer dans la forêt pour y mener une vie recluse. 

Était-elle réellement blessée par le monde des hommes ou pensait-elle simplement avoir accompli son rôle ? Le récit ne donne pas d’explications sur le choix de Madhavi, elle ne s’exprime qu’une fois dans l’histoire et seulement pour demander à accomplir sa tâche.

Il est aussi précisé que chaque fois après avoir donné naissance à un enfant, elle recouvre la virginité parce qu’elle aurait été béni par un sage. Cela montre bien l’inconfort des hommes face à cette question. L’auteur veille à ne point blesser l’égo des hommes dans cette société patriarcale. Par ailleurs, les quatre fils de Madhavi deviennent de puissants rois et leur histoire est relatée dans les Puranas.

Ce serait une erreur de critiquer l’histoire de Madhavi avec notre conception actuelle des choses mais essayons de comprendre son récit à travers le contexte de l’époque. Ces histoires du passé éclairent aussi parfois le présent.

Si on regarde de près, en réalité, tout le monde est gagnant dans cette histoire : le roi qui a fait une bonne action en donnant sa fille, le disciple qui a réussi à offirir le présent demandé par son maître et le maître qui est satisfait d’avoir reçu cette gratification. Enfin, Madhavi a accompli sa tâche, celle qui était de servir le disciple comme le lui a ordonné son père. Le roi ne trouve rien de scandaleux à ce que sa fille donne des fils à différents rois. En réalité, par sa capacité à donner des héritiers pour chaque royaume, Madhavi est respectée et elle est libre de choisir un prétendant pour se marier ou rester célibataire.

Tout au long de l’histoire, principalement deux aspects de la femme sont mis en avant : la sexualité et la fertilité, les deux seuls prismes à travers lesquels la femme est perçue.

Si on fait un parallèle avec la société actuelle, on peut constater que la femme est encore considérée soit comme un objet sexuel, soit comme une procréatrice. C’est seulement en tant que procréatrice qu’elle gagne un minimum de respect car la femme non fertile ou sans enfant après le mariage est toujours très mal acceptée dans la société indienne.

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