Adieu Calcutta

Les questions sur l’identité et la patrie sont des questions essentielles pour tout individu mais sans doute plus prégnantes encore pour des personnes de doubles origines. Après l’indépendance de l’Inde, les Anglo-Indiens* qui jouaient jusque là un rôle politique et social très actif, se voient rejetés et isolés par la société indienne. Dans son premier roman publié chez Albin Michel, l’écrivaine Bunny Suraiya, nous fait pénétrer dans l’intimité d’une famille anglo-indienne vivant à Sharif Line, à Calcutta. Les Anglo-Indiens sont une catégorie sociale qui est peu représentée dans la littérature, le cinéma ou même dans les livres d’histoire. C’est avec plaisir qu’on découvre le mode de vie de cette famille catholique, soudée et aimante, avec ses secrets, ses tourments et ses rêves.

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Robert, qui a passé toute sa vie en Inde veut partir s’installer en Angleterre avec sa femme et ses deux filles, parce que l’Inde n’a plus rien à lui offrir et parce que son pays c’est l’Angleterre, pense t-il. Pourtant, ce voyage qu’il prépare minutieusement sera t-il réalisé ? Sa colère envers tous ces «  autochtones » d’Indiens est toujours présente mais lui-même ne se sentirait-il pas indien finalement ?

Mais « Adieu Calcutta » c’est aussi des destins d’autres personnages, mêlant des univers religieux différents. Ainsi on aime la douceur d’Ayah, la nounou et servante musulmane qui tient à sa liberté de femme, on est tourmenté par le destin de Mukherjî, ce riche héritier hindou, qui se voit séparé de sa bien aimée et obligé d’accepter un mariage arrangé. On adore aussi la manière dont Bunny Suraiya décrit avec humour et dérision la vie de cette épouse dévergondée. On aime Grace, parce qu’elle est belle et attentionnée et on adore la relation entre les parents et leur deux grandes filles Shriley et Paddy. On sent que l’auteur y a mis beaucoup d’amour à l’écriture de ce roman bien ficelé avec toutes ces intrigues et ces détails marquants qui vous gardent en haleine jusqu’à la fin.

«  Adieu Calcutta » c’est un au final un très beau roman, qui nous plonge au cœur de l’Inde fraichement indépendante et qui bouleverse aussi la vie de tous ces Anglo-Indiens qui se voient obliger de refaire leur vie, alors que vont-ils décider rester ou partir ?

*  Définition d’un anglo-indien :D’après l’article 366 paragraphe 2 de la Constitution Indienne, le terme « Anglo-Indien » désigne « une personne dont le père ou l’un quelconque de ses ancêtres de sexe masculin quelconque est ou était d’ascendance européenne mais qui est domiciliée sur le territoire de l’Inde et est ou était née sur ce territoire de parents y résidant habituellement et non établis là de manière temporaire ».

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