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Au service de la jeunesse tamoule, Entretien avec Dr. SIVA MATHIYAZHAGN

Entretien avec Dr. SIVA MATHIYAZHAGN

Aujourd’hui, près de 41% de la population indienne a moins de 18 ans. On estime qu’en 2027, l’Inde détiendra la plus grande main-d’oeuvre du monde avec 1 milliard de personnes entre 15 et 64 ans. On ne peut ignorer la place des jeunes indiens en Inde mais aussi dans le monde. L’Etat, les parents, l’Ecole, mais aussi tous les adultes responsables doivent avoir une attention particulière envers ces jeunes d’aujourd’hui qui sont les acteurs de demain. Rencontre avec Dr Siva Mathiyazhagn, qui nous parle avec sincérité sur le travail de son association, au service de la jeunesse tamoule.

La Franco-indienne : Bonjour Siva, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Siva Mathiyazhagn : Bonjour, je m’appelle Siva Mathiyazhagn. Je suis né et j’ai grandi dans le village de Chinnamudaliar Chavadi, dans le district de Villupuram, dans le Tamil Nadu. Je suis titulaire d’un doctorat en service social. Je suis également fondateur d’une association pour les enfants, TYCL (Trust for Youth and Child Leardership) qui œuvre  pour la protection des jeunes contre la violence, le suicide, les abus et qui promeut une conscience citoyenne, un comportement soucieux de l’environnement et l’empowerment (autonomisation) des jeunes. 

LFI: Pourquoi avez-vous choisi de faire des études en services sociaux ? 

SM:Mon travail social s’inspire de ma propre expérience dans mon village. À l’âge de 13 ans, je participais à des activités associatives avec ma mère. Ma mère était une très bonne administratrice. Elle savait gérer les choses de manière efficace et sans difficulté mais n’ayant pas bénéficié d’une éducation scolaire, elle ne savait ni lire ni écrire. C’était une barrière pour elle. Je me suis familiarisé avec le travail social grâce à elle, en découvrant d’abord les droits de la femme et l’ai aidé dans les tâches de rédaction dans son association. Puis, peu à peu j’ai commencé à prendre en charge la gestion de cette association. 

Jeune diplômé, à la fin de mes études secondaires, mon village a été dévasté par un tsunami et j’ai voulu venir en aide aux personnes victimes de catastrophes naturelles. Ce fut ma deuxième expérience dans le domaine du travail social.

Par la suite, j’ai eu la chance de rencontrer M. Suresh Dharma, mon mentor. Grâce à lui j’ai beaucoup appris sur les droits de l’enfant et leur nécessité. C’est ce qui m’a finalement décidé à poursuivre une carrière sociale.

LFI: Pouvez-nous nous parler de votre association TYCL ?

SM:Pendant mon enfance, lorsque je travaillais avec ma mère, j’ai été beaucoup touché par les problèmes de la femme, cela m’a fait réfléchir en parallèle sur les droits de l’Enfant. C’est après mes études secondaires que je me suis vraiment interrogé sur les mesures existantes pour garantir les droits de l’Enfant.

Pour ma part, il m’a fallu plusieurs années pour comprendre mes droits. Je me suis alors rendu compte que beaucoup d’enfants devaient être dans mon cas, ne connaissant pas leurs droits et désirant sans doute les connaître. C’est alors que j’ai pensé qu’il faudrait un espace fiable pour les jeunes, où ils pourraient apprendre et échanger autour de leurs droits et des sujets sensibles les concernant. 

LFI: En Inde, les enfants n’ont-ils pas connaissance de leurs droits lors leur scolarité ?

SM :Contrairement à ce qui peut se faire en France, il n’y a pas dans le programme scolaire indien de cours sur les droits de l’Enfant ou de cours d’éducation morale et civique. C’est pourquoi, ici, les enfants ignorent leurs droits. 

LFI: Une des activités de TYCL est l’incubation, pouvez-vous nous expliquez en quoi cela consiste ? 

SM:Le programme d’incubation que nous avons lancé est un temps de préparation. Regardez ce qui se passe dans les poulaillers : les œufs sont conservés dans des incubateurs pour permettre le développement de ce qui deviendra alors des poussins.

De même, les enfants ont leur propre pensée et leurs idées en tête. Celles-ci seront conservées dans un incubateur de manière à ce qu’elles puissent être étudiées, testées et par la suite réalisées. Dans les bureaux de notre association, un jeune peut venir avec une idée ou un projet, il sera alors suivi par un mentor pour en discuter, pour être accompagné, conseillé afin de faire mûrir et fructifier cette idée. C’est cela l’incubation, un temps d’accompagnement du jeune dans sa réalisation. 

LFI: Est-ce que TYCL intègre aussi les parents dans le programme d’incubation ?

SM: Bien sûr ! Lorsque nous parlons des droits de l’Enfant, nous ne pouvons pas ignorer leurs parents qui en sont les adultes responsables.  Les principaux responsables sont l’Etat et les parents. Les parents doivent assurer le bien-être et un bon environnement à la maison pour l’enfant, quant à l’Etat, il doit garantir les droits de l’Enfant.

Par exemple, nous avons un programme appelé «En Kanna» -«mon rêve» en tamoul- qui peut aussi dire «sœur ou frère» en filigrane. Ce programme de mentorat a pour but d’aider le jeune dans son développement ou dans la réalisation de son idée. Si un jeune veut devenir enseignant par exemple,  nous le mettons en relation avec un enseignant et il bénéficiera d’un mentorat mensuel. Nous rencontrons d’abord les parents pour les sensibiliser et les tenons informés par la suite de l’évolution de leur enfant.

LFI: Quels sont les éléments nécessaires à l’empowerment (autonomisation) des jeunes ?

SM: D’après la Convention internationale des Droits de l’Enfant des Nations Unies de 1989 que l’Inde a ratifié en 1992, chaque enfant a d’abord le droit de vivre, d’être enregistré à sa naissance, le droit d’être protégé contre la violence, le droit à l’éducation et à la communication. Il a également le droit de s’exprimer et de poser des questions  notamment sur l’environnement, qui est un sujet essentiel aujourd’hui. Les enfants ont le droit d’être informés des problèmes liés à leur écosystème. Avec TYCL, c’est ce que nous essayons de faire, avec une approche globale et holistique, qui cherche à assurer le bien-être des jeunes. 

LFI: Vous employez également le terme d’entrepreneur dans votre présentation écrite de l’association, voulez-vous que les enfants deviennent des entrepreneurs ?

SM: En fait, il s’agit d’un entrepreneuriat social. Vous savez, 40% des Indiens sont des enfants de moins de 18 ans. Il est donc essentiel de former nos jeunes à devenir des entrepreneurs sociaux. Aujourd’hui, tout le monde vise à maximiser les profits et cela passe par la surexploitation des ressources humaines ou naturelles. C’est ce qui a mené à l’exploitation des enfants, par la mendicité ou par le travail. 

Ce que nous voulons, c’est promouvoir un entrepreneuriat social. Aujourd’hui, nous devons assurer un environnement durable pour les générations futures et seul l’entrepreneuriat social, soucieux de l’écologie et solidaire peut apporter des solutions et des services alternatifs. En agissant au niveau de l’économie locale, on pourrait  améliorer non seulement le bien-être des jeunes, mais aussi de l’ensemble de la population. 

LFI: Quels sont vos futurs projets ?

SM: Pour l’instant, je voudrais continuer à enseigner le service social, former de plus en plus de jeunes tout en poursuivant les actions sur le terrain afin d’apporter les savoirs où il en manque. 

LFI: Avez-vous un message pour la jeunesse tamoule d’aujourd’hui ?

SM: Je pense que vous devez rester ouverts pour apprendre de vos propres expériences, observer consciencieusement votre propre vie. Cela vous aidera à comprendre qui vous êtes, mieux agir et vous connecter avec les autres. Cette connaissance de soi  vous aidera à grandir plus rapidement, c’est bénéfique non seulement pour vous mais aussi pour votre environnement.

Pour apporter votre soutien à TYCL et pour voir et suivre toutes les actions de l’association rendez-vous sur la page Facebook :

Page Facebook de l’association TYCL

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